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Perturbateurs endocriniens : comment vous protéger au quotidien

Perturbateurs endocriniens : comment vous protéger au quotidien

Les scientifiques alertent depuis des années sur les dangers des perturbateurs endocriniens (PE) pour la santé. Ces substances nocives sont omniprésentes dans les objets du quotidien. Peut-on les éviter… ou du moins limiter notre exposition ?

Vous adoptez une alimentation pauvre en graisses, sucres et sel, vous ne fumez pas et vous pratiquez une activité physique régulière. Bravo ! Mais si vous pensez avoir coché toutes les cases pour préserver votre santé, détrompez-vous : sans compter les perturbateurs endocriniens présents partout dans les objets courants et les aliments. Contenants plastiques ou jouets, produits ménagers ou d’hygiène, cosmétiques, vêtements, aliments… Ces composés chimiques ou naturels sont ubiquitaires. Nous les ingérons, les inhalons, les absorbons par la peau. Bien que certains soient plus vulnérables, tous sont touchés.

Le système hormonal perturbé

Des bisphénols dans les conserves aux triclosans dans le dentifrice, parabènes dans les cosmétiques, retardateurs de flamme dans les meubles et ordinateurs, ou pesticides dans les fruits et légumes, les PE sont multiples. Même si leurs effets sont de mieux en mieux connus, tous ne sont pas encore prouvés. Un PE se définit par son action sur le système hormonal, qu’il perturbe. Il peut modifier la production d’hormones naturelles (œstrogènes, testostérone) en interférant avec leur synthèse, transport ou excrétion. Il peut aussi mimer leur action en les remplaçant dans les mécanismes biologiques, ou bloquer leur fixation sur les récepteurs.

Plus de transparence sur les perturbateurs endocriniens

Bonne nouvelle pour les consommateurs : un décret oblige les fabricants à publier, dès le 1er janvier 2022, la liste des produits contenant des PE. En interagissant avec le système hormonal, ceux-ci peuvent nuire à la reproduction ou au développement des enfants. Cette liste, accessible en ligne au public, concerne les denrées alimentaires, produits biocides (désinfectants, insecticides, raticides, protections du bois, etc.), phytosanitaires (herbicides, insecticides, fongicides, etc.), jouets et cosmétiques. Les dispositifs médicaux sont inclus, mais pas les médicaments.

De multiples pathologies

Les conséquences sur l’organisme sont variées. Les fonctions reproductives peuvent être altérées, entraînant malformations génitales chez les nouveau-nés, puberté précoce chez les enfants ou infertilité chez les adultes. Ces substances sont aussi impliquées dans de nombreuses pathologies. « Les phtalates, ajoutés à certains plastiques, sont associés aux maladies cardiovasculaires », souligne le Dr Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association Santé Environnement France (Asef). « D’autres PE favorisant l’obésité et le diabète causent indirectement des troubles cardiovasculaires », ajoute-t-il. « Le DDT, interdit depuis longtemps mais persistant dans les cultures, accroît le risque de cancer du sein. Phtalates, bisphénol, composés perfluorés (PFC), polluants persistants, sont suspectés dans les troubles cognitifs, l’hyperactivité, les retards neurodéveloppementaux. Les pesticides organophosphorés sont neurotoxiques. »
Quant aux PCB (biphényles polychlorés), interdits depuis 1987 mais persistants (dans les aliments, poissons prédateurs), ou aux retardateurs de flamme dans les objets courants, des études montrent qu’ils perturbent la thyroïde.

Enfants et femmes enceintes, plus fragiles

Les plus vulnérables sont les enfants (de la naissance à la fin de la puberté), les adultes en âge de procréer (hommes et femmes) et les femmes enceintes ou allaitantes. Les scientifiques alertent depuis des années sur la migration de molécules nocives comme les phtalates ou le bisphénol A lors de la cuisson ou du réchauffage en contenants plastiques. La prise de conscience progresse. Dès 2025, les plastiques à usage unique seront interdits en cantine, ainsi que les assiettes, verres, pichets et contenants pour cuisson, réchauffage et service. Si les délais paraissent longs (laissant les enfants exposés), la loi Egalim du 30 octobre 2018 freine les risques.
Autre exemple : le bisphénol A est interdit depuis 2012 en France dans les contenants pour enfants de moins de 3 ans. Mais s’il a disparu des biberons et conserves, « d’autres bisphénols d’harmfulité inconnue existent », note Pierre Souvet. Chez les garçons et hommes en âge de procréer, « le bisphénol S semble plus agressif que l’A, impactant la testostérone. Il persiste plus longtemps dans l’organisme ».
Enfin, même sans bisphénol A, les biberons en polypropylène libèrent des microparticules à la chaleur, absorbées par le nourrisson.

Adoptez les bons réflexes

C’est pourquoi le Dr Souvet préconise les biberons en verre, ou au moins éviter de chauffer et mélanger le lait en poudre dans le plastique : utilisez un récipient inerte comme l’acier inoxydable, puis transvasez à 25 °C. Privilégiez le verre pour réchauffer les plats. « La chaleur et la durée de contact augmentent la nocivité », explique-t-il. Respectez les recommandations officielles : consommez bio autant que possible, « car les pesticides ont souvent une activité de perturbation endocrinienne ». « Protégez surtout femmes enceintes, très jeunes enfants et adolescents », insiste le médecin, partisan d’une consultation préconceptionnelle pour alerter sur les risques environnementaux fœtaux. « Évitez les chimiques inutiles : parfums, vernis à ongles, pesticides… On ne peut tout éviter, mais on peut mieux faire », assure Pierre Souvet, qui incite à s’informer et partager les conseils, « quitte à passer pour le rabat-joie ! » Les enjeux sont trop élevés.

« Bulle 1000 jours » : une appli contre les perturbateurs endocriniens

Destinée aux parents et futurs parents, cette appli les accompagne durant les 1 000 premiers jours de l’enfant, période clé de son développement. Élaborée par médecins et sages-femmes avec l’Asef, l’URPS médecins libéraux PACA et Exolis, « Bulle 1 000 jours » informe sur les PE avec des conseils experts : ne pas coucher l’enfant dans un lit neuf, ne pas peindre la chambre en grossesse, laver les vêtements neufs, aérer régulièrement, éviter les plats préparés. Disponible gratuitement sur Google Play et App Store.